L’art de la technique mixte
En affranchissant l’artiste des contraintes de la peinture traditionnelle, la technique mixte s’est imposée comme l’un des moteurs de la création moderne et contemporaine. Loin d’un simple assemblage de médiums, elle répond à une quête d’expérimentation via la superposition de couches, d’orchestration de transparences, d’incorporation des matières pour jouer sur les contrastes afin d’offrir une profondeur et des jeux de textures.
La matière brute et le relief
Pour sortir de la planéité de la toile, les artistes ont très tôt intégré des éléments minéraux ou industriels. Dès l’époque de l’École de Paris, Alfréd Réth (1884-1966) intègre du sable ainsi que du gravier pour créer une peinture de matière pionnière.
Dans cette même lignée tactile et minérale, l’association du sablage et des pigments poussée par un artiste comme Louttre.B, Marc-Antoine Bissière dit (1926-2012). À la suite de son séjour au Portugal au milieu des années 1960, l’artiste intègre la matière dans son œuvre puis la réintroduit lors du grand retour du sable et des pigments dans sa peinture au début des années 1990. Cette technique lui permet de fixer le grain, d’accrocher la lumière et d’apporter un relief organique où la couleur semble directement affleurer de la roche.
Un dialogue entre les médiums
La technique mixte offre également un terrain de jeu privilégié pour intervenir sur des supports déjà existants. Les figures de la Figuration Libre, au premier rang desquelles se trouve Robert Combas (né en 1957), ont abondamment exploré cette porosité. En intervenant au feutre, à l’encre ou à la peinture sur des supports tels que les tirages photographiques, l’artiste se réapproprie l’image figée pour lui insuffler la spontanéité du trait.
En somme, la technique mixte ne réside pas seulement dans la superposition des médiums mais dans la capacité de l’artiste à faire surgir un langage plastique totalement affranchi des catégories dites classiques.

